samedi 8 novembre 2014

Sensations


Sensations

Mercredi 29 octobre 2014 avec R. Rapilly

Après la visite : De Matongé aux étangs d’Ixelles : Entre exils noir et doré
Texte collectif
Chaque participant a écrit un couple de vers (Samba symbolisant l’exil noir et Gérard symbolisant l’exil doré) sur chacun des cinq sens.

Gérard voit une Jaguar S-Type 3 litres et se dit que 3 litres aux 100, ce serait bien pour lui aussi !
Samba voit le hall de l’Alliance française et pense qu’il ne peut pas décemment y entrer mal habillé comme il l’est.
Gérard voit flexible worteplace et ça l’excite.
Samba ne voit pas l’Alliance française et ça l’attriste.
Samba voit Kinshasa à Matongé.
Gérard voit la grande banque de l’avenue des Arts.
Gérard a vu le Palais Royal à travers les arbres.
Samba voit la banane oubliée sur un muret près du métro de la Porte de Namur.
Gérard voit « Bank of China », « BNP Parisbas », et puis plein d’autres…
Samba voit que les bancs sont froids et humides et que les serrures des cabines de travaux sont faciles à forcer.
Samba voit un champ de graminées en haut d’un mur, il rêve de sorgo.
Gérard voit écrit Health City, banquiers, banquet, banco.
Gérard voit le policier, lui demande la place du Trône où il siègerait bien.
Samba voit, écrit sur le dos d’un homme, Politie Police [ici], il se sauve.

Gérard n’entendra pas le bruit des balles que Simba a soudées dans ce corps décharné.
Samba entend le crissement électrique de la brosse qui démêle la fausse chevelure de vrais cheveux.
Gérard entend un marteau piqueur derrière le volet clos de l’Autre Regard.
Samba entend presque claquer la douille qui a le croqué le pied de son petit frère.
Samba entend déjà la Muziekpublique.
Gérard n’a pas entendu le deal que Matongé lui a proposé.
Gérard entend le moteur désagréable d’une voiture.
Samba entend la voix des hommes qui causent autour d’un banc au métro Trône.
Gérard entend le démarrage trop bruyant de la BMW et préfère la délicatesse de la Rover.
Samba entend la perceuse électrique dans la boutique en travaux. Peut-être ont-ils besoin de quelqu’un…
Samba entend son cœur battre.
Gérard entend bien avoir raison.

Gérard touche la ligne froide de la clôture métallique qui ferme l’espace ouvert sans verdure.
Samba touche les baies rouges des arbustes qui cachent la façade du musée.
Gérard touche, ému, la plaque de métal « École du bois sauvage » rue Van Aaastraat.
Samba touche le plâtre sur la jambe de l’enfant au bout de la rue Saint-Boniface.
Samba ne touchera pas le fond.
Gérard a déjà touché le pactole.
Gérard a touché un lampadaire froid qui lui a réveillé la main endormie.
Samba a touché un arbre rugueux comme la peau d’un crocodile.
Gérard touche le siège du scooter, rejette la tête en arrière, attache ses cheveux en guerre et pense très fort à Mamouth.
Samba touche son ventre qui gargouille fort en caressant de l’autre main le cache-col de l’arbre.
Samba a touché du doigt une vérité.
Gérard touche aussi mon cœur.

Gérard sent la proximité nauséabonde des toilettes du CAR-WASH et va y entrer faute de disposer d’une bouteille en plastique.
Samba sent… « fort »…, mais il n’y a pas que ça… : « Il y a aussi le bruit ! » a dit Jacques C.
Samba sent la lessive onctueuse sur le parebrise d’une petite fiat bleu ciel au carwash de la rue du Collège.
Gérard croit sentir une odeur de houblon devant le « Malting Pot » bières artisanales rue Malibran.
Samba sent le parfum de la petite rue Malibran.
Gérard a senti La Malibran péter.
Gérard sent le bon arôme de café en passant devant la boulangerie.
Samba sent la mauvaise odeur des voitures.
Samba sent la cuisine à l’oignon et à l’ail, ça se remet à gargouiller dans son ventre.
Gérard ne sent rien, mais alors, rien du tout.

Gérard gouterait volontiers du « caviar d’âge »…
Samba ne goute pas du tout la fadeur du gratin de chou-fleur.
Gérard a gouté le vin et s’est écrié « Hum, que le vin est bon ».
Samba goute avec avidité la délicieuse soupe de maïs.

Samba voit que l’amour est possible.
Gérard ne voit pas le rêve de Samba.
Gérard ne voit pas Samba qui mendie.
Samba voit la vie d’un meilleur œil.
Samba voit que les bancs sont froids et humides et que trois hommes avec des couvertures lui sourient et lui parlent.
Gérard ne voit pas qui pourrait lui « offrir l’exception ».
Samba voit, écrit à une station de métro, « Pour une vie nouvelle dans les quartiers d’Ixelles ».

Wana, Danielle, Élisabeth, Violette, Annie, Chantal

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